Balade des gens soucieux !
Dans les pays asiatiques, dans presque tous leurs arts de combats, le « KATA constitue un répertoire de techniques, dont le pratiquant doit trouver les applications possibles à travers l'exercice du BUNKAI (interprétation), pour ensuite les utiliser lors du KUMITE (combat). » (Wikipédia, consulté le 10 septembre 2022).
Sur cette base, on peut penser que le jeune asiatique sait que bien exécuter un Kata, aussi difficile soit-il, est différent de réussir un combat, aussi facile soit-il. Il sait que lorsqu’on exécute un Kata, on se « bat » contre un adversaire imaginaire, aux postures et réactions tout aussi imaginaires, fixes et connues. Il sait que c’est différent d’un combat, parfois à mort, face à un adversaire réel, inconnu et aux réactions imprévisibles en temps réel.
Qu’en est-il chez nous ? Dans la plupart de nos combats traditionnels (lutte corps à corps, combats aux bâtons, etc.) à ma connaissance (elle est petite malheureusement), il n’y a pas de formalisation particulière avec des "écoles", des "maîtres", etc. Cette décomposition en niveaux d’épreuves équivalant au kata, bunkai et kumite n’existerait donc pas. Il n’y aurait que le combat, qu’il soit sous forme de jeu (faisant office d’entrainement) ou de compétition (inter-quartiers, inter-villages, ou plus). Ce travail resterait à faire ; il y a peut-être un intérêt "spirituel" dont l’impact peut être significatif.
En effet, nous avons du mal, apparemment, à comprendre que les performances citoyennes ou politiques hors épreuves peuvent être radicalement différentes de celles après ou au cours de l’épreuve, celles-là mêmes dont on a réellement besoin.
Dans le film « L’Homme du Président », sorti en 2000, avec Joshua (Le Professeur), Slater et Tung Que, l’on a été tiré de la prison, un soldat (Slater), bagarreur-cogneur s’en fout la hiérarchie récidiviste, pour former comme nouvel Homme du Président en remplacement de Joshua, vieillissant.
Pour cette formation, entre autres contenus, il y avait le tir au pistolet. Dès la première série de tir (à partir de la 30ème mn environ du film), Slater fait le plein des points et pense fièrement que "c’est du gâteau". La dame Tung Que qui supervise la formation lui dit ceci : "Pas mal ! Mais on ne procède pas de cette façon".
On le soumit alors à une série d’épreuves physiques très rudes. Et sitôt terminé la série, il lui est demandé de refaire l’exercice de tir. Et là, il fait un zéro pointé. Tung Que lui dit alors "Voilà la bonne façon !" En clair, voilà la vraie performance : celle évaluée dans l’adversité, au cours et/ou à la sortie de rudes épreuves. On le remit au travail jusqu’à ce qu’il réussisse le plein des points au tir, après la série d’épreuves physiques.
Puissions-nous méditer cela, dans les choix passifs ou actifs de nos représentants et dans l’évaluation de tous ceux qui y prétendent !
En effet, les performances hors épreuves peuvent se révéler illusoires, factices en situation d’épreuve. Exécuter correctement un Kata ou fracasser du bois et des briques, c’est fort ! Mais "le bois [pas plus que n’importe quel autre objet inerte] ça ne rend pas les coups" (Bruce Lee dans Opération dragon).
L’attachement à l’état de droit, à la justice (procédures et délibérations), à une armée républicaine, et la confiance en la démocratie, au peuple, etc. ne doivent plus être appréciés que face aux épreuves, dans l’adversité. Autrement, on continuerait de "performer" dans les illusions, les déceptions et les retours d’incertitudes. Dès lors que les forces immatérielles, censées organiser notre vivre-ensemble, ne compteraient plus que pour du beurre, seules les forces matérielles, pour le moment militaires, prévaudraient. Sur ce modèle, aucune société ne peut s’en sortir.
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